FRANÇAIS

Barcelone Gastronomía

À la recherche de la crevette rouge

Lire la suite
WP_Post Object ( [ID] => 1142 [post_author] => 24 [post_date] => 2017-04-24 22:23:05 [post_date_gmt] => 2017-04-24 22:23:05 [post_content] => Savourez ce cocktail de crevettes et remerciez les pêcheurs. Commandez-les grillées, sautées ou un paella et inclinez-vous devant ces seigneurs de la mer. Excessif ? Pensez-y : que ce soit en hiver dans un froid vif (alors que vous vous languissez sur le canapé devant votre écran, bien au chaud, pensant qu’il est bon de ne rien faire), ou en été, alors que la chaleur reste étouffante (malgré un litre de granité sous la main et une bassine d’eau fraîche où tremper vos pieds), les pêcheurs, eux, sont à l’œuvre en pleine mer. Chaque jour, pendant dix heures ou davantage. Alors que vous faites du running en T-shirt fluo, que vous regardez un film lové contre votre moitié ou que vous planifiez vos vacances idéales sur Google, les pêcheurs sont certainement au travail, à des kilomètres de la côte, jetant leurs filets et nouant des cordes, occupés à extraire les délices de la Méditerranée. Votre vie se déroule sur la terre ferme alors qu’ils habitent un autre univers cousu au littoral. Dix heures de mer, de mer et de mer. Pour les quatre membres de l’équipage de l’Estrella del Sur III, rien de plus normal. Leur embarcation compte parmi toutes celles qui appareillent chaque jour du port de Palamós, sur la côte de Gérone, à la recherche de la crevette rouge. La Méditerranée abrite 150 espèces de crevettes, dont la crevette rouge. Les connaisseurs assurent que ce crustacé qui naît sur le littoral catalan se distingue par sa saveur intense, sa couleur vive et sa solide carapace. On pourrait la qualifier de crevette VIP. Il est maintenant 6h30 au port. Le jour n’est pas encore levé mais les moteurs des bateaux sont déjà en marche. Pour trouver le crustacé rouge, nous naviguons vers le large : à 40 kilomètres de la côte catalane. Là, les crevettes déambulent avec leurs corps aux nombreuses pattes et leurs yeux pénétrants, entre 300 et 2 500 mètres de profondeur. Dans les ténèbres des fonds marins, leurs antennes dotées de capteurs leur permettent de mieux se déplacer. Lorsque les marins localisent le site idéal —leur lieu de pêche—, Toni (49 ans), Camilo (56 ans), Juan (53 ans) et le capitaine Xavier (46 ans) lancent leurs 70 mètres de filet au fond de la mer. Selon la technique de pêche à la traîne, le filet, en forme de gigantesque sac, glisse sur les fonds pendant toute la navigation afin d’attraper le plus de crustacés possible. Le bateau ne s’arrête que pour accoster au port. Ils espèrent pêcher aujourd’hui quelque 70 kilos de crevettes rouges, bien loin des 150 kilos que la mer offre chaque jour au cours des mois les plus abondants : mai, juillet et août. C’est Xavier Miró qui nous l’explique depuis la cabine du navire, son refuge technique où il ajuste en permanence le cap et la vitesse de l’embarcation. En consultant tous les ordinateurs, boussoles et instruments de mesure disponibles, le timonier manœuvre pour que le filet ne se ferme jamais. Il est tel un dentiste cherchant obstinément à maintenir la bouche de son patient ouverte pour pouvoir travailler. Mais l’odontologie n’a rien à voir avec l’histoire de Xavier. L’ingénierie, si. En novembre 1993, le père de Xavier est victime d’un accident mortel. Lui, qui a alors 23 ans, est en quatrième année des Ponts et chaussées. Il reçoit la nouvelle dans sa résidence universitaire de Barcelone, loin de sa ville natale de Palamós. Cet appel porte le germe de son destin, car un mois et de nombreuses nuits blanches plus tard, il décide d’abandonner les salles de classe pour se charger de l’Estrella del Sur. C’est le nom que son père avait donné à son premier bateau de pêche acheté en 1970. La même année qui a vu Xavier naître. —C’est pour ça que je suis un oiseau rare en mer— sourit celui qui est désormais capitaine du bateau, satisfait de son métissage exotique. Il ne perd pas les commandes des yeux en nous montrant des images agrandies de la NASA. On y voit clairement le golfe de León, l’enclave de la côte catalane où vit la crevette rouge. Les courants marins y circulent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ce qui enrichit les dépôts marins qui alimentent et distinguent le célèbre crustacé. En parlant de biologie, il nous faut citer quelques autres données : par exemple, que les mâles ne forment que 10 % de l’espèce, que leur âge maximal s’élève à 5 ans (les crevettes les plus âgées sont les plus grandes et les plus cotées), et qu’il est inutile de les rejeter à la mer, car elles meurent au moment même où elles sont sorties de l’eau. *** Il est presque 9h30 (reste huit heures avant de rentrer) et on distingue au loin les Pyrénées et leurs sommets enneigés. Les lèvres ont un goût salé et la mer berce discrètement le bateau. Sur le pont, Toni et Juan ont les mains ensanglantées : ils nettoient le poisson pour le menu du déjeuner. « Du mardi au vendredi, nous mangeons le poisson de la veille », explique Toni, survêtement sombre, 14 ans de métier et un bronzage inaltérable. Toni est le chef en cuisine et il prépare aujourd’hui un suquet de Pintarroja : noisettes, pain frit, piment rouge, pommes de terre, tomates et ail. Un délice à base de poisson à trois euros le kilo. —Les crevettes sont-elles votre plat préféré ? —lui demandons-nous. — C’est le steak tartare ! —répond-il. Et il éclate de rire. À 11h00, tout est prêt et le déjeuner est servi aux invités : les participants à l’activité de pescatourisme venus découvrir en personne la vie des pêcheurs catalans. Le navire a déjà accueilli deux pêcheurs suisses, le maire d’un petit village, Guissona, tout juste marié, et des paysans de Banyoles qui montèrent à bord chargés de vin, de cava et de whisky. Seize personnes au total depuis que l’Estrella del Sur III a adopté cette initiative, en 2015, tout comme huit autres embarcations à Palamós. En haute mer, après le repas, l’activité se relâche. C’est le moment de la sieste, de profiter du soleil et d’effectuer les petites réparations nécessaires pour maintenir le bateau en forme. Le navire est un parcours d’obstacles que les pêcheurs évitent avec agilité. Un engrenage de cordes et d’objets où tout est attaché, tout s’emboîte, tout est équipé de pinces ou de loquets. C’est le seul moyen de résister au va-et-vient de la Méditerranée. Après 13h30 (et plus de sept heures de travail au compteur), arrive le deuxième moment crucial de la journée : les quatre pêcheurs se réunissent à nouveau pour remonter le filet à la surface et découvrir le butin du jour. Aujourd’hui, plus de 60 kilos qu’ils vendront aux halles à partir de 30 euros le kilo. À 17h00, la silhouette de la Costa Brava se rapproche. À 17h30, enfin, les moteurs s’arrêtent, le sol cesse de tanguer et les pêcheurs retirent leurs bottes. Dix heures ont passé. Nous sommes rentrés.   Images: Alexander Castro [post_title] => À la recherche de la crevette rouge [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => a-la-recherche-de-la-crevette-rouge [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2017-07-22 10:56:20 [post_modified_gmt] => 2017-07-22 10:56:20 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => http://lingmagazine.es/?p=1142/ [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )